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TEMPUS FUGIT
(un livre trop bien avec des images et des mots dedans)
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Jeudi 20 janvier 2011 4 20 /01 /Jan /2011 20:13

Cher monsieur le secrétaire du président,


J’ai pris connaissance des nombreuses lacunes en français de notre président, aussi aimerais-je vous proposer mes services de professeur particulier.


J’ai été championne régionale d’orthographe en 1993, et j’enseigne par ailleurs depuis plus de dix ans l’accord du participe passé des verbes pronominaux. Mes compétences sont aussi vastes que nombreuses, c’en est vertigineux : distinction entre on/ont et à/a, résumé de La Princesse de Clèves, synthèse sur les noms communs qui s’écrivent pareil au féminin et au masculin bien qu’ils aient l’air féminin à cause de leur putain de finale (comme "pérenne" ou "dilettante", pour ne citer que deux exemples au hasard).


Je suis par ailleurs une excellente pédagogue, j’ai enseigné en ZEP et je sais donc parfaitement gérer les accès de colère et les grossièretés du genre "pauv’con" ou "descends l’dire si t’es un homme" (une bonne fessée déculottée et au lit sans manger).


Je suis enfin très bon marché : je suis actuellement payée à l’heure comme une prostituée moldave, mais en beaucoup moins cher (on ne fournit pas la même prestation, certes).


En espérant que mon courrier retiendra votre attention, je vous prie d’agréer, monsieur le secrétaire du président, de gros bisous.

Par Louise Lazzy
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Vendredi 17 décembre 2010 5 17 /12 /Déc /2010 20:08

L’air est si doux ce soir, tellement doux pour un soir de décembre, c’est comme un cadeau du ciel que ça tombe maintenant, précisément le soir où il a décidé de faire sa demande.

 

Il marche dans la rue avec son bouquet de fleurs à la main. Il se sent bien. Il a rendez-vous avec Maud. Il redoute un peu sa réaction au moment où il mettra un genou à terre devant elle, mais leur rencontre a été si belle et leur histoire est si intense qu’il se rassure en se disant qu’il aime Maud, et que Maud l’aime. Ils n’arrêtent pas de se le répéter, tous les jours, je t’aime, jamais je n’ai connu un tel amour, je suis tellement bien avec toi. Les mots ne peuvent pas mentir. Elle répondra forcément oui.

 

Il est tellement heureux, à cet instant, dans cette rue-là, avec son bouquet de fleurs, qu’il voudrait serrer chaque passant dans ses bras. Il aimerait répandre son amour sur le monde entier, et dire à chacun combien la vie est belle une fois qu’on a trouvé sa moitié. Il est tellement chanceux d’avoir trouvé la sienne. Maud. Elle est si belle et si douce, sa seule présence au monde est une bénédiction. Maud et ses longs cheveux blonds. Il sourit bêtement en pensant à elle, et sourit encore plus de se sentir si bêtement amoureux.

 

Il l’aperçoit au loin, de dos, en train de marcher rapidement pour rejoindre leur point de rendez-vous. Elle est en retard comme d’habitude, elle se presse et slalome entre les passants. Il est heureux de saisir cet instant, sa Maud rien qu’à lui, avec ses beaux cheveux blonds qui dansent dans son dos, en train de courir vers lui qui marche derrière elle.


Il la rattrape au moment où elle bifurque dans une petite rue :

- Maud !

Elle se retourne et lui sourit. Elle est si belle que son cœur pourrait exploser.

- Maud…

Il lui tend son bouquet de fleurs et son sourire à elle s’éteint. Son visage se ferme :

- Je peux vous aider, monsieur ?

 

Ce n’est pas Maud. C’est juste une pute blonde, comme toutes les autres. Il sort le couteau de sa poche et le lui plante dans la gorge. Ca saigne beaucoup et c’est bien fait pour elle. Elle s’écroule lentement, sans un bruit, comme à chaque fois. Sale connasse. Ce n’est pas Maud. Ce n’est jamais Maud.

 

L’air est si doux ce soir, tellement doux pour un soir de décembre, c’est comme un cadeau du ciel que ça tombe maintenant, précisément le soir où il a décidé de faire sa demande. Il marche dans la rue avec son bouquet de fleurs à la main. Il se sent bien. Il a rendez-vous avec Maud.

Par Louise Lazzy
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Mardi 28 octobre 2008 2 28 /10 /Oct /2008 16:01
!!! Attention: le texte qui suit est une autofiction (donc c'est vrai, mais pas complètement vrai) !!!

Putain.

Non.

S’il vous plaît putain non.

 

La sonnerie du réveil, sur ma table de nuit.

 

Doigts gourds, maladroits. J’appuie péniblement sur répétition. Plus que sept minutes et je devrai me lever. Plus que sept minutes et je devrai affronter ma journée. Les élèves, les heures de cours, le discours indirect et l’accord du participe passé avec "avoir". Les "Chuuut !", les "Encore cinq minutes d’attention !", les "Tu m’apporteras ton carnet à la fin du cours". Je n’y arriverai jamais. Pas comme ça, pas dans cet état. Plus que sept minutes, putain.  

 

Mal à la tête, mal au cœur, mal au ventre.

Mal partout, envie de disparaître.

Ne plus exister, le rêve.

Encore sept minutes.

 

Je n’y arriverai jamais. Il faut que j’y arrive. Je n’y arriverai jamais. Bouge-toi le cul putain. Je pleure des larmes de crocodile, des larmes de lendemain, des larmes qui ne valent rien, là, encore empêtrée dans mes cauchemars de la nuit et dans mes draps glacés de sueur, je pleure de fatigue et de rage et d’impuissance.

Je n’y arriverai jamais.

 

Je me lève.

J’y arrive toujours, finalement. Je ne sais pas comment.

 

J’ouvre la porte de la chambre et la lumière fait monter d’un cran mon mal de tête. Je ferme les yeux et je tâtonne jusqu’aux toilettes où je me vide. C’est l’un des innombrables côtés hard crade de l’alcool : je ne me rappelle même plus la dernière fois où j’ai fait caca normalement. Le carrelage glacé recroqueville mes orteils. La tête baissée, je regarde à travers mes cheveux emmêlés mon ventre trop gonflé et mes cuisses trop maigres. Mon genou droit tremble, comme tous les matins. Je ne sais pas pourquoi le droit et jamais le gauche. C’est juste comme ça, j’ai fini par m’y habituer.

 

J’ouvre la porte du frigo et tout me donne la nausée. Je ne peux rien avaler. J’essaie de boire un thé que je vomis aussitôt. Retour aux chiottes. C’est définitivement lundi.

Quand on est alcoolique, tous les matins ressemblent à des lundis matins.

 

Dans le miroir de la salle de bains, ma sale gueule du jour. État des lieux ordinaire : teint livide et gris. Yeux bouffis et cernés. Cheveux secs et électriques. Et l’odeur... Putain, l’odeur. Il n’y a rien de pire que les relents de transpiration nocturne d’un alcoolique. Ça suinte de toutes parts, de chaque pore de ta peau, pendant toute la nuit. Tu te réveilles dans des draps trempés et froids, comme si tu t’étais pissé dessus. Ça sent âcre et fort, comme la vieille litière d’un chat mélangée à de l’eau de javel. En séchant, la sueur formera ensuite des auréoles blanches sur ton oreiller et sur ton matelas, là où ton corps aura appuyé : la tête, les épaules, les fesses, les mollets. Et sur ton corps, uniformément, partout la même odeur, dans tes cheveux, sur ton dos, sur tes jambes, partout, la même odeur dégueulasse, tu pourrais en gerber rien qu’à te sentir s’il te restait quoi que ce soit dans l’estomac : le parfum rance de l’alcool, les relents acides du brouillard de la veille.

 

Je ne sais plus comment c’est arrivé, à quel moment j’ai commencé à boire tous les jours, à quel moment ça m’est devenu indispensable pour accomplir les gestes quotidiens, me lever, me laver, me vêtir, sortir, parler, sourire, à quel moment c’est devenu nécessaire, physiquement nécessaire, de boire pour ne pas être malade, pour ne pas trembler le matin, pour ne pas avoir mal à la tête, pour ne pas avoir des crampes aux mollets. J’imagine que c’est arrivé comme tout ce qui arrive : lentement, insidieusement, sournoisement. À un moment cela n’existe pas et le moment d’après c’est là, sans que rien n’ait réellement surgi, ni véritablement changé.

 

Je prends une douche. Je me coiffe. Je me maquille. La transformation s’opère, comme tous les matins. Vue comme ça, habillée et apprêtée, j’ai l’air tout à fait normale. Juste une fille de trente ans, peut-être à peine plus pâle et plus lasse que les autres, mais la vie d’aujourd’hui est tellement dure n’est-ce pas, et puis j’ai la chance d’avoir les cheveux roux et le teint translucide, tout cela est finalement ordinaire, et ne choque jamais personne.  

 

Je descends une bière avant de partir, accrochée à la porte du frigo encore ouverte. Le  tremblement de mes mains s’apaise presque instantanément. Mes crampes aux mollets disparaissent. Mon mal de tête s’atténue. Je glisse une canette dans mon sac en prévision de la récré. Je la range à côté des copies à rendre et des photocopies à distribuer.

 

Il est 7h28. Ma journée peut commencer.



Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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Mardi 21 octobre 2008 2 21 /10 /Oct /2008 14:50
- Et que nous dit Barthes dans ce texte ? Que nous apprend-il sur l'image publicitaire ?
- ...
- C'était un texte à préparer pour aujourd'hui, vous vous souvenez ?
- ...
- Vous avez eu bien sûr la curiosité intellectuelle de chercher des informations sur l'auteur, n'est-ce pas ? Qui est Barthes ?
- ...
- ...
- C'est le fils à Homer Simpson !

(Gros rires gras).

Voilà.
Je m'éclate à mort dans mon nouveau travail.

Il faut bien le reconnaître, être prof en BTS n'est ni très stimulant, ni furieusement excitant (si j'excepte les oeillades torrides de Julio, vingt-deux ans et des poils), mais ça a au moins le mérite de nourrir sa femme (= ça paie le loyer et mon addiction de plus en plus prononcée pour les chaussures hors de prix) (donc c'est mieux que rien bien).


Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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Jeudi 4 septembre 2008 4 04 /09 /Sep /2008 20:21

Tous les premiers jeudis du mois depuis presque deux ans, j’ai rendez-vous dans le grand hôpital avec mon alcoologue.

 

- J’ai vos résultats d’analyses de sang.

- Ah merde.

- Oui, comme vous dites.

- Non mais je sais, j’ai trop bu ces dernières semaines, je suis une merde, c’est mon foie hein, c’est ça ? J’ai un cancer du foie ?

- Non, c’est moins grave.

- J’ai un ulcère alors ? C’est pour ça que j’ai tout le temps mal au bide, j’ai un ulcère et je vais crever ? Non mais allez, dites-le-moi, je serai forte, je vais crever c’est ça ?

- Oui, comme nous tous. Mais pas tout de suite, rassurez-vous.

- Bon mais alors j’ai quoi ? J’ai un cancer de la langue ? Je sens que j’ai des dents qui se déchaussent là.

- Non.

- J’ai un cancer des ovaires alors ? J’ai lu que les femmes alcooliques avaient dix fois plus de risques de développer un cancer des ovaires. Je suis stérile hein, c’est ça ?

- Non plus. Mais si vous êtes si bien informée sur les risques de l’alcool, pourquoi est-ce que vous continuez à boire ?

- Mais parce que je suis une merde, je vous l’ai dit tout à l’heure ! Putain mais dites-moi ce que j’ai ! C’est les intestins, c’est ça ? J’ai les intestins pourris depuis des années, j’étais sûre que j’avais un cancer du ventre !

-  Non plus.

- Putain mais alors j’ai quoi ?

- Vous n’avez rien.

- ...

- ...

- Vraiment rien ? Vous avez tout vérifié ?

- Vous n’avez rien, je suis désolée. À part une petite chose.

- Ah je le savais ! J’ai un truc hyper grave, j’en étais sûre !

- Vous avez un petit problème de capillarité.

- Oh putain, c’est quoi ?

- Vous descendez d’une famille de rouquins ?

- Oui ?

- Je vois que vous avez la peau très pâle, on voit vos veines au travers, je parie que vous brûlez au soleil et que vous avez de gros hématomes persistants dès que vous vous cognez à peine quelque part ?

- Oui ?!

- Bah voilà, j’ai le regret de vous annoncer que vous avez un problème de capillarité.

- C’est grave ?

- Non, c’est juste moche. Vous avez la peau très fine et vos capillaires forment des hématomes au moindre choc. Ce n’est pas grave, ça fait juste des bleus.

-...

- ...

- Donc je n’ai rien de grave ? Je vais donc vivre hyper longtemps ?

- Vous êtes alcoolique, vous vous souvenez ?

- Moui ?

- Donc oui, c’est grave. Vous vous exposez à de nombreuses maladies mortelles.

- Ouais mais là j’ai rien, non ?

- C’est vrai, jusqu’ici tout va bien.

- Han vous avez vu La haine ?

- Pardon ?

- Vous avez vu le film de Kassovitz : « le plus dur, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage », genre jusqu’ici tout va bien, mais bientôt ça va partir en chiasse hein ? Vous êtes en train de me dire que si je continue comme ça je vais mourir, c’est ça ?

- Tout le monde va mourir. La question est de savoir à quel moment vous, vous voulez mourir.

- Mais moi je ne veux pas mourir, jamais, je ne peux pas mourir ! C’est impossible, je ne mourrai jamais, dites-moi que je ne vais pas mourir, ou alors je meurs, là maintenant tout de suite, oh putain j’ai le cœur qui palpite et les mains moites, je sens que je meurs...

- ...

- Allez-y, dites-le-moi !

- Vous allez mourir.

- ...

- ...

- Vous êtes sérieuse ?

- Oui.

- Sérieux, je vais mourir ?!

- Oui, vous allez mourir.

- Et vous me dites ça comme ça ? Putain, vous me le dites comme ça ? Je suis là, en pleine forme ou presque, et vous m’annoncez de but en blanc que je vais mourir ? Mais quel genre de médecin êtes-vous ?

- Je suis alcoologue.

- Et alors ?

- Et alors ça me donne le droit de vous annoncer que vous allez mourir. Et qu’accessoirement, vous allez mourir encore plus vite si vous continuez d’avoir ce rythme de vie.

- Et si j’arrête de boire et que je fais du sport, je ne mourrai pas ?

- Si, vous mourrez quand même.

- Bon alors je continue de boire.

- Alors vous mourrez plus vite.

- Ah putain, c’est chiant.

- Je ne le vous fais pas dire.

- ....

- Je propose qu’on se revoie comme d’habitude le mois prochain, d’accord ?

- Mhmmm.

 

 

Putain ça craint, je vais mourir.

Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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