Mardi 28 octobre 2008
!!! Attention: le texte qui suit est une autofiction (donc c'est vrai, mais pas complètement vrai) !!!

Putain.

Non.

S’il vous plaît putain non.

 

La sonnerie du réveil, sur ma table de nuit.

 

Doigts gourds, maladroits. J’appuie péniblement sur répétition. Plus que sept minutes et je devrai me lever. Plus que sept minutes et je devrai affronter ma journée. Les élèves, les heures de cours, le discours indirect et l’accord du participe passé avec "avoir". Les "Chuuut !", les "Encore cinq minutes d’attention !", les "Tu m’apporteras ton carnet à la fin du cours". Je n’y arriverai jamais. Pas comme ça, pas dans cet état. Plus que sept minutes, putain.  

 

Mal à la tête, mal au cœur, mal au ventre.

Mal partout, envie de disparaître.

Ne plus exister, le rêve.

Encore sept minutes.

 

Je n’y arriverai jamais. Il faut que j’y arrive. Je n’y arriverai jamais. Bouge-toi le cul putain. Je pleure des larmes de crocodile, des larmes de lendemain, des larmes qui ne valent rien, là, encore empêtrée dans mes cauchemars de la nuit et dans mes draps glacés de sueur, je pleure de fatigue et de rage et d’impuissance.

Je n’y arriverai jamais.

 

Je me lève.

J’y arrive toujours, finalement. Je ne sais pas comment.

 

J’ouvre la porte de la chambre et la lumière fait monter d’un cran mon mal de tête. Je ferme les yeux et je tâtonne jusqu’aux toilettes où je me vide. C’est l’un des innombrables côtés hard crade de l’alcool : je ne me rappelle même plus la dernière fois où j’ai fait caca normalement. Le carrelage glacé recroqueville mes orteils. La tête baissée, je regarde à travers mes cheveux emmêlés mon ventre trop gonflé et mes cuisses trop maigres. Mon genou droit tremble, comme tous les matins. Je ne sais pas pourquoi le droit et jamais le gauche. C’est juste comme ça, j’ai fini par m’y habituer.

 

J’ouvre la porte du frigo et tout me donne la nausée. Je ne peux rien avaler. J’essaie de boire un thé que je vomis aussitôt. Retour aux chiottes. C’est définitivement lundi.

Quand on est alcoolique, tous les matins ressemblent à des lundis matins.

 

Dans le miroir de la salle de bains, ma sale gueule du jour. État des lieux ordinaire : teint livide et gris. Yeux bouffis et cernés. Cheveux secs et électriques. Et l’odeur... Putain, l’odeur. Il n’y a rien de pire que les relents de transpiration nocturne d’un alcoolique. Ça suinte de toutes parts, de chaque pore de ta peau, pendant toute la nuit. Tu te réveilles dans des draps trempés et froids, comme si tu t’étais pissé dessus. Ça sent âcre et fort, comme la vieille litière d’un chat mélangée à de l’eau de javel. En séchant, la sueur formera ensuite des auréoles blanches sur ton oreiller et sur ton matelas, là où ton corps aura appuyé : la tête, les épaules, les fesses, les mollets. Et sur ton corps, uniformément, partout la même odeur, dans tes cheveux, sur ton dos, sur tes jambes, partout, la même odeur dégueulasse, tu pourrais en gerber rien qu’à te sentir s’il te restait quoi que ce soit dans l’estomac : le parfum rance de l’alcool, les relents acides du brouillard de la veille.

 

Je ne sais plus comment c’est arrivé, à quel moment j’ai commencé à boire tous les jours, à quel moment ça m’est devenu indispensable pour accomplir les gestes quotidiens, me lever, me laver, me vêtir, sortir, parler, sourire, à quel moment c’est devenu nécessaire, physiquement nécessaire, de boire pour ne pas être malade, pour ne pas trembler le matin, pour ne pas avoir mal à la tête, pour ne pas avoir des crampes aux mollets. J’imagine que c’est arrivé comme tout ce qui arrive : lentement, insidieusement, sournoisement. À un moment cela n’existe pas et le moment d’après c’est là, sans que rien n’ait réellement surgi, ni véritablement changé.

 

Je prends une douche. Je me coiffe. Je me maquille. La transformation s’opère, comme tous les matins. Vue comme ça, habillée et apprêtée, j’ai l’air tout à fait normale. Juste une fille de trente ans, peut-être à peine plus pâle et plus lasse que les autres, mais la vie d’aujourd’hui est tellement dure n’est-ce pas, et puis j’ai la chance d’avoir les cheveux roux et le teint translucide, tout cela est finalement ordinaire, et ne choque jamais personne.  

 

Je descends une bière avant de partir, accrochée à la porte du frigo encore ouverte. Le  tremblement de mes mains s’apaise presque instantanément. Mes crampes aux mollets disparaissent. Mon mal de tête s’atténue. Je glisse une canette dans mon sac en prévision de la récré. Je la range à côté des copies à rendre et des photocopies à distribuer.

 

Il est 7h28. Ma journée peut commencer.



Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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Mardi 21 octobre 2008
- Et que nous dit Barthes dans ce texte ? Que nous apprend-il sur l'image publicitaire ?
- ...
- C'était un texte à préparer pour aujourd'hui, vous vous souvenez ?
- ...
- Vous avez eu bien sûr la curiosité intellectuelle de chercher des informations sur l'auteur, n'est-ce pas ? Qui est Barthes ?
- ...
- ...
- C'est le fils à Homer Simpson !

(Gros rires gras).

Voilà.
Je m'éclate à mort dans mon nouveau travail.

Il faut bien le reconnaître, être prof en BTS n'est ni très stimulant, ni furieusement excitant (si j'excepte les oeillades torrides de Julio, vingt-deux ans et des poils), mais ça a au moins le mérite de nourrir sa femme (= ça paie le loyer et mon addiction de plus en plus prononcée pour les chaussures hors de prix) (donc c'est mieux que rien bien).


Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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Jeudi 4 septembre 2008

Tous les premiers jeudis du mois depuis presque deux ans, j’ai rendez-vous dans le grand hôpital avec mon alcoologue.

 

- J’ai vos résultats d’analyses de sang.

- Ah merde.

- Oui, comme vous dites.

- Non mais je sais, j’ai trop bu ces dernières semaines, je suis une merde, c’est mon foie hein, c’est ça ? J’ai un cancer du foie ?

- Non, c’est moins grave.

- J’ai un ulcère alors ? C’est pour ça que j’ai tout le temps mal au bide, j’ai un ulcère et je vais crever ? Non mais allez, dites-le-moi, je serai forte, je vais crever c’est ça ?

- Oui, comme nous tous. Mais pas tout de suite, rassurez-vous.

- Bon mais alors j’ai quoi ? J’ai un cancer de la langue ? Je sens que j’ai des dents qui se déchaussent là.

- Non.

- J’ai un cancer des ovaires alors ? J’ai lu que les femmes alcooliques avaient dix fois plus de risques de développer un cancer des ovaires. Je suis stérile hein, c’est ça ?

- Non plus. Mais si vous êtes si bien informée sur les risques de l’alcool, pourquoi est-ce que vous continuez à boire ?

- Mais parce que je suis une merde, je vous l’ai dit tout à l’heure ! Putain mais dites-moi ce que j’ai ! C’est les intestins, c’est ça ? J’ai les intestins pourris depuis des années, j’étais sûre que j’avais un cancer du ventre !

-  Non plus.

- Putain mais alors j’ai quoi ?

- Vous n’avez rien.

- ...

- ...

- Vraiment rien ? Vous avez tout vérifié ?

- Vous n’avez rien, je suis désolée. À part une petite chose.

- Ah je le savais ! J’ai un truc hyper grave, j’en étais sûre !

- Vous avez un petit problème de capillarité.

- Oh putain, c’est quoi ?

- Vous descendez d’une famille de rouquins ?

- Oui ?

- Je vois que vous avez la peau très pâle, on voit vos veines au travers, je parie que vous brûlez au soleil et que vous avez de gros hématomes persistants dès que vous vous cognez à peine quelque part ?

- Oui ?!

- Bah voilà, j’ai le regret de vous annoncer que vous avez un problème de capillarité.

- C’est grave ?

- Non, c’est juste moche. Vous avez la peau très fine et vos capillaires forment des hématomes au moindre choc. Ce n’est pas grave, ça fait juste des bleus.

-...

- ...

- Donc je n’ai rien de grave ? Je vais donc vivre hyper longtemps ?

- Vous êtes alcoolique, vous vous souvenez ?

- Moui ?

- Donc oui, c’est grave. Vous vous exposez à de nombreuses maladies mortelles.

- Ouais mais là j’ai rien, non ?

- C’est vrai, jusqu’ici tout va bien.

- Han vous avez vu La haine ?

- Pardon ?

- Vous avez vu le film de Kassovitz : « le plus dur, c’est pas la chute, c’est l’atterrissage », genre jusqu’ici tout va bien, mais bientôt ça va partir en chiasse hein ? Vous êtes en train de me dire que si je continue comme ça je vais mourir, c’est ça ?

- Tout le monde va mourir. La question est de savoir à quel moment vous, vous voulez mourir.

- Mais moi je ne veux pas mourir, jamais, je ne peux pas mourir ! C’est impossible, je ne mourrai jamais, dites-moi que je ne vais pas mourir, ou alors je meurs, là maintenant tout de suite, oh putain j’ai le cœur qui palpite et les mains moites, je sens que je meurs...

- ...

- Allez-y, dites-le-moi !

- Vous allez mourir.

- ...

- ...

- Vous êtes sérieuse ?

- Oui.

- Sérieux, je vais mourir ?!

- Oui, vous allez mourir.

- Et vous me dites ça comme ça ? Putain, vous me le dites comme ça ? Je suis là, en pleine forme ou presque, et vous m’annoncez de but en blanc que je vais mourir ? Mais quel genre de médecin êtes-vous ?

- Je suis alcoologue.

- Et alors ?

- Et alors ça me donne le droit de vous annoncer que vous allez mourir. Et qu’accessoirement, vous allez mourir encore plus vite si vous continuez d’avoir ce rythme de vie.

- Et si j’arrête de boire et que je fais du sport, je ne mourrai pas ?

- Si, vous mourrez quand même.

- Bon alors je continue de boire.

- Alors vous mourrez plus vite.

- Ah putain, c’est chiant.

- Je ne le vous fais pas dire.

- ....

- Je propose qu’on se revoie comme d’habitude le mois prochain, d’accord ?

- Mhmmm.

 

 

Putain ça craint, je vais mourir.

Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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Lundi 18 août 2008

Les dix trucs qui montrent que je suis vieille j’ai trente ans :

 

1. J’ai des rides qui poussent un peu partout.

 

2. Plus personne ne sait qui sont Dinosaur Jr., L7 ou Soundgarden.

 

3. Il y a toujours un silence gêné quand je dis mon âge.

 

4. Je recouds mes fringues quand elles sont trouées, au lieu de continuer à les porter telles quelles comme au bon vieux temps.

 

5. On m’appelle de plus en plus souvent "Madame" dans les magasins.

 

6. J’achète des trucs chiants, comme des draps ou des poêles anti-adhésives.

 

7. Je mets deux jours à me remettre d’une gueule de bois.

 

8. Je me surprends à regarder les bébés dans la rue.

 

9. Je préfère la cover de Hurt de Johnny Cash à l’original de Nin Inch Nails.

 

10. Tout à l’heure, je me suis fait un torticolis en dansant dans mon bureau sur Territorial Pissing – pour la dernière fois, donc.

 

 

Et sinon, vous, ça va bien ou bien ? 

Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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Mardi 10 juin 2008

Hummmmm
Ohhhhhhhh
Yeaaaaaaah
Fuuuuuuuck
Aaaaahhhhh
Beuuharrkkk

Voilà.

Je connais désormais les six répliques indispensables pour devenir une actrice de films de boules.

Et je peux le faire avec le vrai ton mi-hystérique mi-crispé des vraies actrices de films de boules (j’ai bien étudié, et je compatis) (= j’ai mal au cul rien qu’à les regarder).

Ça et un doctorat de littérature, merde, si je ne trouve pas un vrai travail dans ces conditions, je n'aurai plus qu'à me défenestrer du premier étage.

Post-post : mon contrat pour enseigner les subtilités de la troisième déclinaison latine à des adolescents boutonneux (qui on dega du male a ecrir en franssais, autant dire que ça n'a pas été de la tarte) s’achève le 20 juin. À partir de là, je serai de nouveau au chômage. J’ai envie de dire yepeeee parce que je suis complètement fun comme fille, et j’ai envie de dire sa mère la pute parce que je suis très vulgaire, et surtout j’ai envie de dire bon mais alors je fais quoi maintenant, parce que je suis un peu désespérée, aussi.

Par Louise Lazzy - Publié dans : Mille morceaux
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