Conte d'hiver

Publié le par Louise Lazzy

L’air est si doux ce soir, tellement doux pour un soir de décembre, c’est comme un cadeau du ciel que ça tombe maintenant, précisément le soir où il a décidé de faire sa demande.

 

Il marche dans la rue avec son bouquet de fleurs à la main. Il se sent bien. Il a rendez-vous avec Maud. Il redoute un peu sa réaction au moment où il mettra un genou à terre devant elle, mais leur rencontre a été si belle et leur histoire est si intense qu’il se rassure en se disant qu’il aime Maud, et que Maud l’aime. Ils n’arrêtent pas de se le répéter, tous les jours, je t’aime, jamais je n’ai connu un tel amour, je suis tellement bien avec toi. Les mots ne peuvent pas mentir. Elle répondra forcément oui.

 

Il est tellement heureux, à cet instant, dans cette rue-là, avec son bouquet de fleurs, qu’il voudrait serrer chaque passant dans ses bras. Il aimerait répandre son amour sur le monde entier, et dire à chacun combien la vie est belle une fois qu’on a trouvé sa moitié. Il est tellement chanceux d’avoir trouvé la sienne. Maud. Elle est si belle et si douce, sa seule présence au monde est une bénédiction. Maud et ses longs cheveux blonds. Il sourit bêtement en pensant à elle, et sourit encore plus de se sentir si bêtement amoureux.

 

Il l’aperçoit au loin, de dos, en train de marcher rapidement pour rejoindre leur point de rendez-vous. Elle est en retard comme d’habitude, elle se presse et slalome entre les passants. Il est heureux de saisir cet instant, sa Maud rien qu’à lui, avec ses beaux cheveux blonds qui dansent dans son dos, en train de courir vers lui qui marche derrière elle.


Il la rattrape au moment où elle bifurque dans une petite rue :

- Maud !

Elle se retourne et lui sourit. Elle est si belle que son cœur pourrait exploser.

- Maud…

Il lui tend son bouquet de fleurs et son sourire à elle s’éteint. Son visage se ferme :

- Je peux vous aider, monsieur ?

 

Ce n’est pas Maud. C’est juste une pute blonde, comme toutes les autres. Il sort le couteau de sa poche et le lui plante dans la gorge. Ca saigne beaucoup et c’est bien fait pour elle. Elle s’écroule lentement, sans un bruit, comme à chaque fois. Sale connasse. Ce n’est pas Maud. Ce n’est jamais Maud.

 

L’air est si doux ce soir, tellement doux pour un soir de décembre, c’est comme un cadeau du ciel que ça tombe maintenant, précisément le soir où il a décidé de faire sa demande. Il marche dans la rue avec son bouquet de fleurs à la main. Il se sent bien. Il a rendez-vous avec Maud.

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raph 18/12/2010 18:24



Quelle prétentieuse, cette Maud



Neuneue 18/12/2010 16:41



Très heureuse de vous retrouver, Miss.



M. LeChieur 17/12/2010 22:40


Aaaah ! C'est vrai, t'es revenue ???


Araignée 17/12/2010 20:42



Ce texte me rappelle une nouvelle bien triste de Fredric Brown.


Cool de te lire en tout cas :)