J’ai un défaut terrible : je tiens toujours mes promesses. C’est pourquoi ce week-end, au lieu d’aller manger de la choucroute home-made
qui tabasse et du délicieux chocolat suisse chez la mère de mon Viking (« Je t’en remets une troisième assiette ma puce, il faut que tu manges, tu es tellement maigre ! »), j’ai
assisté au truc de la francophonie d’Oullins.
Au départ, j’étais juste censée faire acte de présence et soutenir Raph, promu à l’insu de son
plein gré écrivain francophone (il dit qu’il n’a rien d’un écrivain francophone, mais quand on soupe au lieu de dîner, qu’on passe la panosse et qu’on a septante francs, excuse-moi Raph, mais on
est un auteur exotique).
Alors le truc de la francophonie, c'est très chiant : imaginez une assistance de vingt-deux personnes de 72 ans d’âge moyen (et j’inclus
dans le calcul le fils de 7 ans de Marie (qui est complètement choubidou d’amour, mais ce n’est pas la question)). Ça cause grave francophonie et
ça confond France et francophonie, ça parle de livres et ça vend surtout le sien, mais ce n’est pas grave, j’ai promis, je suis là et j’écoute en attendant le buffet. J’apprends que Raph est un
épicurien (?), que la France c’est tellement super que la chanson la plus écoutée au monde est la Marseillaise (??), et qu’Evène est un site qui n’est finalement pas utilisé que par des lycéens
en manque d’inspiration (???).
Après un tel don de soi, on s’attend à bouffer des trucs délicieux, à picoler sévère et à prendre
de la cokese taper des putes s’amuser. Mais que nenni. Il y a trois légumes rabougris et deux litres de vin blanc couplés à du sirop
d’érable (un truc soit-disant québécois, mais dont aucun québécois de mon entourage n’a jamais entendu parler). Ce n’est pas grave, je suis complètement stoïque parce que j’ai promis, et parce
que c’est l’occasion de rencontrer deuxblogueuses formidables, belles et intelligentes et
drôles, qui fument des cigarettes et qui ont des gros nichons (même s’il faut savoir qu’à côté de moi, même Raph a des gros nichons).
Le lendemain, toujours dans le cadre du truc de la francophonie (plus le temps passe, et plus je m’interroge sur la
pertinence de l'intitulé), il y a un café littéraire dans un bar. C’est un bar extraordinairement moche, éclairé par des néons de garage avec des dessins de poissons incrusté sur les murs. Ça
fout un peu les boules mais je ne dis rien parce que j’ai promis, et que je suis une sale bourgeoise francophone même pas capable de percevoir la beauté des choses.
Et dès que ça commence, c’est déjà la fin. C’est effroyablement chiant et hérissant, le débat initial est totalement occulté par des gens qui
sont juste venus vendre leur bouquin auto-édité, avec des titres pseudo-puissants complètement ridicules (les maux des mots, toussa). Il y a un monsieur dans les intervenants, un monsieur
tellement imbu de lui-même et tellement assoiffé de reconnaissance qu’il te tutoie d’emblée, et qui te dit dès que tu as le malheur de prendre la parole que tiens, il te balancerait bien son
verre à la gueule.
Alors je pars. Je refuse de rester assise à la table d’un homme qui me menace physiquement. J’imagine que c’est très positif de ma part, au
fond, de ne pas rentrer dans le jeu du rapport de forces, de refuser l’agression, de me lever et de partir quand mon intégrité physique est mise en danger. J’imagine qu’il faudrait que je prenne
cette soirée comme une avancée, comme la preuve que j’ai grandi : je n’accepte plus l’inacceptable en silence comme quand j’avais 7 ans, et je ne réagis plus physiquement (par exemple en lui
explosant une chaise sur la tête) comme quand j’en avais 15. J’imagine que tout cela est la preuve que je vais bien, que je fais ce qu’il faut pour aller bien.
Alors pourquoi je ressasse ce truc depuis samedi ? Et pourquoi j’ai rêvé à nouveau, pour la première fois depuis presque un an, qu’un homme me violait sur le
bureau d’une salle de classe, sans qu’aucun élève ne réagisse ?
Avis aux amateurs : plus jamais je n'accepterai de faire partie d'un projet où je donne de mon temps, de mon énergie
et de mes tripes pour me faire ensuite agresser sans qu'on prenne la peine de rappeler que oh, nan mais oh, on ne traite pas les gens comme ça, sale grossier personnage - même mes 5èmes 6,
pourtant réputés pour être particulièrement cons, ne sont pas aussi malpolis (alors qu'ils ont 12 ans et demi).
NB. Ah tiens en fait si, finalement, c'est facile de parler de soi sur son blog.
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