L’enfant est un être maléfique. Son apparence extérieure en est la preuve : il est tout sourire dans sa jolie salopette, son poil est doux et vous vous surprenez même à lui gratouiller la tête pendant qu’il vous bave sournoisement sur les doigts. Entre deux parties de pétanques, quelque puissance démoniaque vous incite à jouer aux duplos avec lui, vous construisez alors un superbe château fort jaune et bleu que l’enfant détruit aussitôt en tombant soi-disant malencontreusement dessus. C’est à cet instant précis que l’horrible vérité vous saute aux yeux : le petit démon l’a fait exprès, la preuve c’est qu’il est précisément « tombé » sur votre fier édifice avec la seule partie rembourrée de son corps : ses fesses blindées par une double épaisseur de pampers et de caca mou. Le petit fourbe n’a pas eu mal, d’ailleurs il se relève des ruines de votre château avec un rire sardonique que ses parents interprètent comme un signe de bonne santé, les malheureux. Vous vous exclamez que putain, mon beau château bordel, mais les parents vous reprennent aussitôt en vous expliquant qu’il ne faut pas dire de grossièretés devant l’enfant, on te l’a déjà dit cent fois Louise, merde à la fin. Car le parent est à l’enfant ce que l’ange de la mort est au diable : il lui est soumis, enchaîné, lobotomisé jusqu’à la moelle afin de servir ses noirs desseins.
Vous décidez alors de profiter un peu de ce week-end à la campagne en vous allongeant avec votre livre à l’ombre du vieux chêne. Satan vous observe du coin de l’œil depuis sa piscine miniature. Avec son maillot de bain Bob l’éponge et sa tortue en plastique qui fait pouik, vous pourriez presque le prendre pour une créature inoffensive. D’ailleurs vous ressentez à nouveau cette force maléfique qui vous pousse à vous soumettre comme les autres à sa puissance démoniaque. Vous finissez par céder à la tentation, et vous vous approchez d’un pas prudent vers sa tanière :
- Khâââ !, vous affirme alors la Bête en pointant un doigt accusateur sur votre personne.
- Ah non moi c’est Louise, L-Ou-I-Seuh.
- Khâââ !
Un peu effrayée, vous vous tournez alors vers la génitrice du démon :
- Dis donc Flo, c’est normal qu’il m’appelle Khâââ ?
- Ah non c’est bizarre, d’habitude c’est le vieux chien du voisin qu’il appelle comme ça.
Ah d’accord, tu veux te battre. Vous saisissez alors la tortue qui fait pouik :
- Et ça hein, c’est Khâââ aussi peut-être ?
- Tohue, vous répond-il alors avec un sourire sadique, Da, da !
- Ah ouais tu veux que je te la donne ? Eh bin non, c’est ma Tohue à moi, ahahah !
- Mamâââ !
- Louise enfin, donne-lui sa tortue, pourquoi tu le fais crier comme ça ?
Pfff. Allez expliquer à un ange de la mort que le diable est en train de se foutre de votre gueule. Vous cédez la tortue au petit démon, qui la jette aussitôt violemment par terre en vous toisant de son regard noir, avant de hurler :
- Tohue ! Mamâââ !!!
- Louise mais merde, qu’est-ce que tu fous ? Redonne-lui sa tortue enfin !
Tel Sisyphe, vous êtes désormais condamnée à ramasser cette putain de tortue à chaque fois que l’être maléfique la balancera par terre, ce qu’il fera exactement trente-six fois en moins d’une heure (j’ai compté), sous peine de passer pour un bourreau d’enfant auprès de vos amis.
Au retour du week-end le dimanche soir, vous êtes exsangue. Et vous avez très mal au ventre. Vous mettez d’abord ça sur le compte du rosé et puis, après avoir vomi toute la nuit, vous devez admettre le lundi matin que vous avez chopé une gastro de la mort. Après vérification auprès de vos amis, vous apprenez que l’enfant a lui-même été malade la veille de votre arrivée. Voilà, le diable vous a eue, vous portez désormais en vous les germes du Mal.
La prochaine fois, si vous le voulez bien, je vous raconterai comment quelque puissance maléfique me fait parfois oublier de prendre ma pilule le soir.
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