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TEMPUS FUGIT
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Jeudi 29 juin 2006
Je fais de la gym dans mon salon

 

           Cet hiver, Franche-Comté Powaaa oblige, j’ai mangé beaucoup de Mont D’or avec du jambon bien gras et des pommes de terre rissolées dans l’huile. Et des frites aussi (si vous n’avez jamais mangé des frites trempées dans de la cancoillotte, vous êtes des fin nuls). Je suis d’ailleurs toujours atterrée quand je vois des pubs à la télé avec des filles très dynamiques (sans doute hyperactives, les pauvres) manger du chocolat déchocolaté avec enthousiasme et affirmer : « Moi, je bouffe du chocolat et je suis bonne ». Je deviendrai une consommatrice acharnée le jour où elles diront : « Moi, je bouffe du saucisson et je suis bonne » (cela dit, il existe vraiment du saucisson allégé, mais il est vraiment dégueulasse (comme le chocolat allégé j’imagine (han putain, mais c’est donc pour ça !))) Bref, le constat en ce début d’été est sévère, pour ne pas dire rude, pour ne pas dire carrément déprimant. Quand je me regarde à poil devant le miroir, j’ai les yeux qui piquent : j’ai méchamment pris du bide, mes bras me donnent une idée précise de ce à quoi je ressemblerai après la ménopause et ô douleur, je ne rentre plus dans le pantalon que j’ai acheté l’année dernière (pourtant à l’époque je me trouvais déjà grosse, comme quoi la nature est très mal faite).

 

          Vous me connaissez : en cas de coup dur, je ne suis pas du genre à me lamenter sur mon sort en buvant des bières devant M6. Non hein. Je suis trop une battante moi, j’adore les challenges et relever des défis. Et accessoirement, je télécharge sur internet des films avec des messieurs tout nus dedans. Vous me direz, mais quel est le rapport ? Et bien c’est simple : parfois, vous téléchargez « Igor et ses amis font un pique-nique », et vous vous retrouvez avec un DVD Décathlon cuisses-abdos-fessiers. C’est une honte, mais c’est comme ça. 

 

          La vidéo commence par une série d’avertissements très chiants : Florence, jeune femme blonde musclée ambiance ex-Allemagne de l’Est, t’explique (oui, parce qu’elle te tutoie d’emblée, elle est comme ça Florence) que allez hop, on va faire du sport ensemble. Allons bon. Florence est très dynamique, elle t’explique les choses en faisant des mouvements sur place, elle sourit très fort et bouge beaucoup la tête, rien qu’à la regarder c’est épuisant. Dès le début de la vidéo, on apprend beaucoup de choses : il y a des positions sécuritaires (je mets des italiques parce que Florence insiste beaucoup sur ce mot), par exemple il faut toujours garder les genoux légèrement pliés pendant les exercices, sinon c’est très dangereux, on peut mourir.

 

            Allez hop, le cours commence. J’ai fait tout bien comme Florence a dit, j’ai mis des vêtements confortables en coton (une culotte, voilà), des chaussures de sport (des tongs, très bien) et un petit tapis sur le sol recouvert d’une serviette éponge, tellement ça va transpirer grave. Effectivement, Florence attaque sec et enchaîne aussitôt des steps out et des steps touch (il faut être un peu bilingue pour faire de la gym chez Décathlon, ça ne rigole pas). Au bout de dix minutes, je me demande brutalement si c’est bien normal d’en chier autant, j’ai déjà vidé une bouteille d’un demi-litre (d’eau hein) alors que Florence reste aussi fraîche qu’inflexible : « Et allez hop, on reste en tension sur la cuisse droite ». Putain ça fait hyper mal, c’est pas normal. « Et on reste dans cette position pour faire des demi-flexions, allez hop ». Hein ? Des quoi ? J’enchaîne maladroitement les figures en évitant de croiser mon reflet rouge et pataud dans le miroir.

 

          « Et maintenant on va travailler les abdos inférieurs ». Ah d’accord. Je me place comme Florence sur mon tapis, allongée sur le dos, les jambes tendues à la verticale. « Allez hop, on soulève ses fesses vers le haut comme si on voulait toucher le plafond avec ses pieds ». Voilà, j’obéis. Sauf que pas. Pendant que Florence arrive à soulever son bassin en souriant, moi je ne fais rien. C’est-à-dire que j’essaie hein, mais pas moyen. Florence dispose manifestement de muscles dont je ne suis pas pourvue. J’essaie encore. Argh, rien ne bouge. Mais putain comment elle fait cette salope, elle est en titane ou quoi ?

 

          Ensuite allez hop, on travaille les petits fessiers (j’ignorais jusqu’à présent que je possédais des petits et des grands fessiers, j’ai toujours cru que j’avais juste des grosses fesses). Alors le musclage du cul, c’est hyper glamour : on se met à quatre pattes en isométrie (on apprend plein de mots nouveaux avec Florence, c’est chouette) et on fait des mouvements ridicules en essayant de ne pas se péter la gueule, c’est trop bien.

 

          Au bout de quarante-cinq minutes de gesticulation douloureuse, Florence nous sourit d’un air complice : voilà, c’est la fin, on a bien travaillé et elle est très fière de nous. J’ai soudain une envie folle de la prendre dans mes bras et de lui dire que je l’aime, ça doit être ce qu’on appelle le syndrome de Stockholm. Maintenant on va faire un peu de streching, nous prévient Flo. La musique change brutalement : de mauvaise techno insupportable (un peu comme si un débile mental appuyait au hasard sur les touches d’un synthé), on passe à une musique douce légèrement crispante qui rappelle vaguement une séance de méditation contrôlée chez les scientologues. Je sens que ça va être bien cool le streching. Mais en fait non, pas du tout. Car le streching, comme son nom ne l’indique pas, consiste à martyriser chaque muscle déjà endolori. Et vas-y que je te tire sur la jambe, et vas-y que j’essaie de toucher mon gros orteil gauche avec mon sourcil droit. Le constat est terrible : je ne suis pas souple, c’est même à se demander comment j’arrive encore à avoir des rapports sexuels étant donné les positions acrobatiques que prennent les dames siliconées avec les messieurs moches dans les films de cul (en fait je dois sûrement faire comme tout le monde, c’est-à-dire baiser de manière non acrobatique (en même temps le cul c’est pas de la gym hein, enfin ça n’est que mon opinion personnelle à moi (mais je fais quand même des trucs complètement extraordinaires hein, je tenais à le souligner (des fois qu’il y ait des admirateurs secrets)))).

 

          Voilà, j’ai perdu environ trois kilos de transpiration, je suis bien contente. Florence me sourit et la vidéo se termine sur sa signature gravée sur l’écran, avec des gens derrière qui gesticulent avec extase : « Florence Compernolle, un corps musclé pour plus de vitalité ». Trop cool. La prochaine fois, j’espère que je verrai Igor et ses potes.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Vendredi 9 juin 2006

Il aime le gratin d’andouillette

Et les films de zombies des années soixante-dix

Il aime le soleil en hiver

Et faire des sauces bizarres avec du wasabi

 

Et c’est moi qu’il aime

 

Il aime l’escrime médiévale

Et s’endormir devant Histoires Naturelles à 4h du matin

Il aime jouer de la guimbarde

Et parler des films d’Alex de la Iglesia

 

Et c’est moi qu’il aime

 

Il aime le picon-bière

Et fabriquer des chapeaux en feutre

Il aime les gens

Et les images de pin-up en corset

 

Et c’est moi qu’il aime

 

J’ai beau chercher partout

Pour moi c’est un mystère

Je ne me sens pas andouillette

Ni zombie ni pin-up

 

Absolument jamais picon-bière

Ni épée ni guimbarde

Encore moins wasabi

Ni soleil ni philanthropie

 

Je sais que c’est dingue

Pour moi aussi c’est une énigme

Mais on dirait bien

Que c’est moi qu’il aime.

 


[edit]: ce texte dégoulinant est inspiré par la chanson "Elle aime" d'Albin de la Simone, un artiste formidable et pauvre qui mériterait d'être riche et célèbre.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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