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TEMPUS FUGIT
(un livre trop bien avec des images et des mots dedans)
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Dimanche 26 février 2006

D'après une idée débile du génial Ataraxie (thanks boss).


Chapitre 17 : Où la passion n’empêche pas les malentendus tragiques.

 

             « Et dire que j’avais tant rêvé de cette soirée », songea Samantha avec accablement en regardant à la dérobée l’homme qui était assis en face d’elle. Car Jean-Brad n’était pas seulement le chirurgien quinquagénaire beau et brillant que toute la ville de Santa Kulott adulait, il était aussi et surtout son premier amour, le seul, l’unique, celui qui avait fait chavirer son cœur à quinze ans et l’avait brisé deux ans plus tard, lorsqu’il avait finalement épousé Marie-Patricia qu’il avait rencontrée au concours de Miss Gros Nichons 87.

 

Mais aujourd’hui, de retour à Santa Kulott près de vingt ans plus tard, la gamine maigre et gauche d’autrefois avait laissé place à une magnifique jeune femme, et Samantha sentait le désir étinceler dans les yeux de Jean-Brad comme une étoile filante qui brille dans le ciel nocturne de la nuit. Et pourtant, alors qu’elle retrouvait enfin son magnifique amour de jeunesse, Samantha était au comble de la désespérance. Elle croisait et décroisait ses jambes depuis le début de la soirée, et le mauvais skaï du fauteuil qui lui collait aux fesses n’était pas le seul responsable de son agitation.

- Très chère Samantha, s’enquit Jean-Brad de sa voix grave et sensuelle, est-ce que tout va bien ?

- O-oui, s’empressa de répondre Samantha en rougissant, je passe une soirée délicieuse, c’est tout simplement merveilleux.

Comment avouer à l’amour de sa vie que la véritable raison de son malaise était la fondue vietnamienne qu’ils avaient commandée au restaurant asiatique quelques heures plus tôt ? Comment lui expliquer que les épices du plat qu’ils avaient amoureusement partagé torturaient désormais ses entrailles au point de la faire presque défaillir de douleur ? Comment lui confesser enfin que cette soirée féerique lui avait filé une chiasse de la mort ?

- Je sens que quelque chose vous tourmente, insista gentiment Jean-Brad en se penchant vers elle.

- Vraiment ? Vous sentez ? s’empourpra aussitôt Samantha qui eût préféré mourir en cet instant.   

- Oui, acquiesça Jean-Brad en se rapprochant dangereusement, je vois bien que quelque terrible secret vous assaille. Je vous en supplie ma tendre amie, racontez-moi et je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour vous soulager.

- C’est juste que… Je…, balbutia maladroitement Samantha.

Que faire, mon Dieu, que faire ? songeait-elle alors que son cœur battait à tout rompre dans son 95D. Jean-Brad ne devra jamais savoir que j’ai des intestins, se jura-t-elle solennellement, et de deux maux il faut savoir choisir le moindre.

- Je suis atrocement gênée mon cher Jean-Brad, reprit-elle alors d’une voix plus assurée, mais je dois vous avouer que j’ai mes règles, je suis donc légèrement indisposée ce soi…

- N’en dites pas plus mon amour, la coupa doucement Jean-Brad en posant un doigt viril sur sa bouche siliconée, ne voyez-vous pas que la passion m’embrase telle la lave d’un volcan en fusion ?

Il se penchant vers Samantha qui retint son souffle, tendue comme un string en acrylique par le désir ardent qui l’envahissait.

- Et dans ces conditions, reprit Jean-Brad avec des étoiles dans les yeux, dans ces conditions ma très chère Samantha, aimeriez-vous que je vous encule ?

 

La suite dans le chapitre 18 : Où une vérité vaut mieux que deux mensonges.

par Louise Lazzy publié dans : Nouvelles
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Mardi 21 février 2006

Cher Monsieur le Ministre de l’Education  Nationale,

 

Forte de mon expérience de cinq années d’enseignement universitaire à des étudiants aux cheveux gras et aux vêtements chatoyants, je suis à la recherche d’un poste de maître de conférence en littérature du XXème siècle.

 

Mes compétences sont nombreuses, j’ai été championne régionale d’orthographe en 1990, j’ai déjà écrit plusieurs lettres de réclamation à divers opérateurs internet, je sais m’enthousiasmer pour des auteurs que je déteste et rire aux mauvaises blagues du doyen lors des apéritifs de pré-rentrée (j’en profite pour souligner que j’ai une descente de la mort et que je peux niquer n’importe qui au caps quelle que soit l’occasion : mariage, bar-mitsva et autres enterrements – ambiance garantie, tarifs préférentiels à débattre).

 

Dans l’attente de votre réponse, je vous prie d’agréer, Monsieur le Ministre, l’expression de mes salutations distinguées (gros bisous).

 

Louise Lazzy.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Mardi 21 février 2006
Mes amis, j'ai besoin de votre avis...

Attendu que:
1. Je n'ai même pas lu la moitié des oeuvres de l'agreg au programme.
2. Je n'arrive pas à m'intéresser à la grammaire, la phonétique historique m'emmerde, Chénier me fait chier (huhu), bref d'une manière générale ce concours m'ennuie prodigieusement.
3. Comme toutes les grosses feignasses, je suis capable de fournir un boulot de malade sur quelques semaines. C'est de là que je tiens ma fausse réputation de jeune femme brillante et studieuse (cela dit ça fait 28 ans que ça dure, c'est donc que ça marche) (mais j'ai honte hein).
4. Le concours est dans moins d'un mois et demi.
5. Je sais paaaaaas ce que je veuuuuuux. Plus sérieusement, je ne sais pas comment je vais gagner ma vie* à la rentrée si je n'ai pas ce putain de concours, mais je ne crois pas non plus que je sois faite pour passer mes journées à expliquer la différence entre "on" et "ont" à des ados niais et boutonneux qui se marrent dès que l'inévitable gros con de la classe se met à péter.

Alors, je fais quoi?

* Merci de ne pas me citer en commentaires ce cher vieux Boris Vian pour qui j'ai énormément d'affection mais que bon, c'est facile aussi de faire des phrases pseudo-puissantes quand on n'a jamais eu de problèmes de fric et qu'on est mort à 39 ans.
par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Mardi 14 février 2006

Ca faisait très longtemps que j’en avais envie et que j’y pensais, ce qui est bien la preuve qu’il ne s’agit pas d’un caprice (je suis pas du genre à anticiper les critiques, mais quand même un peu). J’avais comme une envie d’affection dégoulinante, un désir de câlinous et de gouzigouzis, un truc complètement régressif dans lequel je pourrais me vautrer languissamment (c’est un peu moche comme mot « languissamment », mais je n’ai que trop rarement l’occasion de l’utiliser (un peu comme « turgescent ») alors hop, j’en profite)). Bref je voulais un petit animal, un truc chaud et poilu qui m’aimerait d’un amour totalement aveugle et démesuré. (Inutile de me laisser vos analyses freudiennes dans les commentaires car j’ai déjà un psy, merci.)

En toute logique j’aurais dû choisir un caniche mais je hais les caniches (ne me demandez pas pourquoi, c’est totalement irrationnel (surtout les abricots)). Et puis un chien, il faut sortir pour le faire pisser, et je sens bien que dès le premier dimanche matin ça m’aurait gonflée. Un petit minou tout mignon alors ? Le spectre de mon ex-chat, un fou furieux sanguinaire complètement taré, est immédiatement apparu pour me dissuader de renouveler cette douloureuse expérience. Bon mais alors quel animal ? Un poisson c’est con, un hamster ça ne fait pas de câlin, un furet ça daube.

C’est comme ça qu’a finalement débarqué Pogo, un rat minuscule totalement flippé qui frise l’arrêt cardiaque à chaque fois que je le prends contre moi. Je sens que c’est super bien parti. Du coup je passe mes soirées à m’extasier sur ses moindres faits et gestes et à roucouler des choses intellectuellement très stimulantes comme : « Oooohhhh, mais c’est qu’il a des grosses coucouilles mon choupinou, oh oui c’est mon Pogo à moi ça, oulàlà ». J’aurais peut-être dû suivre les conseils de mon psy et faire directement un enfant, en fait.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Dimanche 12 février 2006

Malgré mes nombreuses et néanmoins subtiles tentatives pour que le Viking comprenne enfin que j’aurais été vraiment, mais alors vraiment très très très comblée s’il m’avait offert une bague d’amoureuse à Noël (au bout de cinq ans et demi quoi, merde), j’ai reçu contre toute attente cette ravissante petite chose. Passés la première surprise («Ça s’ouvre comment ?»), et quelques petits ajustements (je suis équipée d’oreilles taille enfant : à peine ai-je réussi à placer les énormes écouteurs en me défonçant bien les conduits auditifs que mes oreilles expulsent immédiatement le corps étranger avec un petit «pop!». C’est aussi ridicule que douloureux), j’ai enfin appris à me servir de l’engin.

Je n’avais encore jamais eu de truc dernier cri. Quand j’étais petite, on m’habillait avec les vieux vêtements de mes cousines. Quand j’étais au lycée, j’étais trop une rebelle et j’en avais rien à foutre de toutes ces merdes de consommation tu vois quoi. Quand j’étais étudiante, j’étais fauchée. Alors autant vous dire que maintenant, avec mon super walkman de la mort, je me la pète grave.

Maintenant je me promène dans la (la, la, lazy) rue avec mon petit casque Barbie et tous (cry or sit or wonder why) les gens me regardent parce qu’ils sont super jaloux. Le matin, je ne pars plus à la fac en tirant la gueule parce que j’ai dormi trois heures : j’écoute Kurt et hop, c’est (comme les artistes et les putes) miraculeux, je me transforme instantanément en étudiante motivée pour préparer sérieusement l’agrégation (pour être franche je ne suis plus du tout (put out the blow torch) les cours depuis un bail (comment je suis trop une rebelle de l’agreg moi), mais si j’y allais je suis sûre que la musique me motiverait. Ouais. A fond). Dans le métro, je ne passe plus mon temps à (voler dans les airs et dans les supermarchés) essayer de me ménager un espace vital entre la vitre et le gros qui pue… Hum en fait si, je le fais toujours, c’était un mauvais exemple.

Le seul inconvénient du walkman finalement, c’est qu’on est le seul à l’entendre. Et qu’à l’inverse, si on se met à chantonner, tout le monde l’entend sauf nous. Et il arrive parfois qu’on vive de grands moments de solitude, lorsque par exemple on se rend compte au bout de trois stations que non, les gens du wagon ne nous fixent pas parce qu’on a trop la classe avec notre walkman, mais parce qu’on est en train de glapir comme une dinde : « weeeeee floooooaaat, take liiiiife as it cooooooomes ». Voilà, maintenant je peux mourir.

 

Post-Post : celui/celle qui trouve tous les titres des chansons de cette note, je l’épouse (mais sans l’aide de google hein, sinon ça compte pas pour de vrai).

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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