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TEMPUS FUGIT
(un livre trop bien avec des images et des mots dedans)
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Samedi 22 juillet 2006

C’était juste pour dire que je suis très irritée de recevoir des films de boules allemands doublés en québécois alors que je voudrais juste avoir mon épisode 17 de Lost bordel.

 

Nan mais bon voilà aussi, putain quoi.

 

C’est vrai quoi merde, putain.

 

Fait chier bordel.

 

Hum.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Vendredi 14 juillet 2006
       Vous vous emmerdez à la plage? On vous avait promis du jeune sein ferme et votre voisine de serviette a les nichons qui pendouillent? L'eau est froide? Le sable collant? Les enfants bruyants? C'est bien fait, vous n'aviez qu'à rester chez vous, de mon temps on jouait avec un bout de bois et une bassine d'eau, et on était bien plus heureux qu'aujourd'hui. Mais comme je suis quand même une fille gentille altruiste sympa comme moi aussi je m'emmerde pendant les vacances, je vous ai concocté un petit jeu distrayant et stimulant :


Le jeu des sept différences

Sept différences se sont glissées entre la première et la deuxième photo, aurez-vous l'oeil assez acéré pour les débusquer?



[édit]: la première image est une photo du village où j'ai consumé mon adolescence, ce qui explique pourquoi je suis devenue alcoolique à quatorze ans (et le premier qui me parle de nature et de jolis petits chemins de traverse, je lui mets un zidane).
par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Lundi 3 juillet 2006

            L’enfant est un être maléfique. Son apparence extérieure en est la preuve : il est tout sourire dans sa jolie salopette, son poil est doux et vous vous surprenez même à lui gratouiller la tête pendant qu’il vous bave sournoisement sur les doigts. Entre deux parties de pétanques, quelque puissance démoniaque vous incite à jouer aux duplos avec lui, vous construisez alors un superbe château fort jaune et bleu que l’enfant détruit aussitôt en tombant soi-disant malencontreusement dessus. C’est à cet instant précis que l’horrible vérité vous saute aux yeux : le petit démon l’a fait exprès, la preuve c’est qu’il est précisément « tombé » sur votre fier édifice avec la seule partie rembourrée de son corps : ses fesses blindées par une double épaisseur de pampers et de caca mou. Le petit fourbe n’a pas eu mal, d’ailleurs il se relève des ruines de votre château avec un rire sardonique que ses parents interprètent comme un signe de bonne santé, les malheureux. Vous vous exclamez que putain, mon beau château bordel, mais les parents vous reprennent aussitôt en vous expliquant qu’il ne faut pas dire de grossièretés devant l’enfant, on te l’a déjà dit cent fois Louise, merde à la fin. Car le parent est à l’enfant ce que l’ange de la mort est au diable : il lui est soumis, enchaîné, lobotomisé jusqu’à la moelle afin de servir ses noirs desseins.

           

            Vous décidez alors de profiter un peu de ce week-end à la campagne en vous allongeant avec votre livre à l’ombre du vieux chêne. Satan vous observe du coin de l’œil depuis sa piscine miniature. Avec son maillot de bain Bob l’éponge et sa tortue en plastique qui fait pouik, vous pourriez presque le prendre pour une créature inoffensive. D’ailleurs vous ressentez à nouveau cette force maléfique qui vous pousse à vous soumettre comme les autres à sa puissance démoniaque. Vous finissez par céder à la tentation, et vous vous approchez d’un pas prudent vers sa tanière :

- Khâââ !, vous affirme alors la Bête en pointant un doigt accusateur sur votre personne.

- Ah non moi c’est Louise, L-Ou-I-Seuh.

- Khâââ !

Un peu effrayée, vous vous tournez alors vers la génitrice du démon :

- Dis donc Flo, c’est normal qu’il m’appelle Khâââ ?

- Ah non c’est bizarre, d’habitude c’est le vieux chien du voisin qu’il appelle comme ça.

Ah d’accord, tu veux te battre. Vous saisissez alors la tortue qui fait pouik :

- Et ça hein, c’est Khâââ aussi peut-être ?

- Tohue, vous répond-il alors avec un sourire sadique, Da, da !

- Ah ouais tu veux que je te la donne ? Eh bin non, c’est ma Tohue à moi, ahahah !

- Mamâââ !

- Louise enfin, donne-lui sa tortue, pourquoi tu le fais crier comme ça ?

Pfff. Allez expliquer à un ange de la mort que le diable est en train de se foutre de votre gueule. Vous cédez la tortue au petit démon, qui la jette aussitôt violemment par terre en vous toisant de son regard noir, avant de hurler :

- Tohue ! Mamâââ !!!

- Louise mais merde, qu’est-ce que tu fous ? Redonne-lui sa tortue enfin !

Tel Sisyphe, vous êtes désormais condamnée à ramasser cette putain de tortue à chaque fois que l’être maléfique la balancera par terre, ce qu’il fera exactement trente-six fois en moins d’une heure (j’ai compté), sous peine de passer pour un bourreau d’enfant auprès de vos amis.

 

            Au retour du week-end le dimanche soir, vous êtes exsangue. Et vous avez très mal au ventre. Vous mettez d’abord ça sur le compte du rosé et puis, après avoir vomi toute la nuit, vous devez admettre le lundi matin que vous avez chopé une gastro de la mort. Après vérification auprès de vos amis, vous apprenez que l’enfant a lui-même été malade la veille de votre arrivée. Voilà, le diable vous a eue, vous portez désormais en vous les germes du Mal.

 

         La prochaine fois, si vous le voulez bien, je vous raconterai comment quelque puissance maléfique me fait parfois oublier de prendre ma pilule le soir.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Jeudi 29 juin 2006
Je fais de la gym dans mon salon

 

           Cet hiver, Franche-Comté Powaaa oblige, j’ai mangé beaucoup de Mont D’or avec du jambon bien gras et des pommes de terre rissolées dans l’huile. Et des frites aussi (si vous n’avez jamais mangé des frites trempées dans de la cancoillotte, vous êtes des fin nuls). Je suis d’ailleurs toujours atterrée quand je vois des pubs à la télé avec des filles très dynamiques (sans doute hyperactives, les pauvres) manger du chocolat déchocolaté avec enthousiasme et affirmer : « Moi, je bouffe du chocolat et je suis bonne ». Je deviendrai une consommatrice acharnée le jour où elles diront : « Moi, je bouffe du saucisson et je suis bonne » (cela dit, il existe vraiment du saucisson allégé, mais il est vraiment dégueulasse (comme le chocolat allégé j’imagine (han putain, mais c’est donc pour ça !))) Bref, le constat en ce début d’été est sévère, pour ne pas dire rude, pour ne pas dire carrément déprimant. Quand je me regarde à poil devant le miroir, j’ai les yeux qui piquent : j’ai méchamment pris du bide, mes bras me donnent une idée précise de ce à quoi je ressemblerai après la ménopause et ô douleur, je ne rentre plus dans le pantalon que j’ai acheté l’année dernière (pourtant à l’époque je me trouvais déjà grosse, comme quoi la nature est très mal faite).

 

          Vous me connaissez : en cas de coup dur, je ne suis pas du genre à me lamenter sur mon sort en buvant des bières devant M6. Non hein. Je suis trop une battante moi, j’adore les challenges et relever des défis. Et accessoirement, je télécharge sur internet des films avec des messieurs tout nus dedans. Vous me direz, mais quel est le rapport ? Et bien c’est simple : parfois, vous téléchargez « Igor et ses amis font un pique-nique », et vous vous retrouvez avec un DVD Décathlon cuisses-abdos-fessiers. C’est une honte, mais c’est comme ça. 

 

          La vidéo commence par une série d’avertissements très chiants : Florence, jeune femme blonde musclée ambiance ex-Allemagne de l’Est, t’explique (oui, parce qu’elle te tutoie d’emblée, elle est comme ça Florence) que allez hop, on va faire du sport ensemble. Allons bon. Florence est très dynamique, elle t’explique les choses en faisant des mouvements sur place, elle sourit très fort et bouge beaucoup la tête, rien qu’à la regarder c’est épuisant. Dès le début de la vidéo, on apprend beaucoup de choses : il y a des positions sécuritaires (je mets des italiques parce que Florence insiste beaucoup sur ce mot), par exemple il faut toujours garder les genoux légèrement pliés pendant les exercices, sinon c’est très dangereux, on peut mourir.

 

            Allez hop, le cours commence. J’ai fait tout bien comme Florence a dit, j’ai mis des vêtements confortables en coton (une culotte, voilà), des chaussures de sport (des tongs, très bien) et un petit tapis sur le sol recouvert d’une serviette éponge, tellement ça va transpirer grave. Effectivement, Florence attaque sec et enchaîne aussitôt des steps out et des steps touch (il faut être un peu bilingue pour faire de la gym chez Décathlon, ça ne rigole pas). Au bout de dix minutes, je me demande brutalement si c’est bien normal d’en chier autant, j’ai déjà vidé une bouteille d’un demi-litre (d’eau hein) alors que Florence reste aussi fraîche qu’inflexible : « Et allez hop, on reste en tension sur la cuisse droite ». Putain ça fait hyper mal, c’est pas normal. « Et on reste dans cette position pour faire des demi-flexions, allez hop ». Hein ? Des quoi ? J’enchaîne maladroitement les figures en évitant de croiser mon reflet rouge et pataud dans le miroir.

 

          « Et maintenant on va travailler les abdos inférieurs ». Ah d’accord. Je me place comme Florence sur mon tapis, allongée sur le dos, les jambes tendues à la verticale. « Allez hop, on soulève ses fesses vers le haut comme si on voulait toucher le plafond avec ses pieds ». Voilà, j’obéis. Sauf que pas. Pendant que Florence arrive à soulever son bassin en souriant, moi je ne fais rien. C’est-à-dire que j’essaie hein, mais pas moyen. Florence dispose manifestement de muscles dont je ne suis pas pourvue. J’essaie encore. Argh, rien ne bouge. Mais putain comment elle fait cette salope, elle est en titane ou quoi ?

 

          Ensuite allez hop, on travaille les petits fessiers (j’ignorais jusqu’à présent que je possédais des petits et des grands fessiers, j’ai toujours cru que j’avais juste des grosses fesses). Alors le musclage du cul, c’est hyper glamour : on se met à quatre pattes en isométrie (on apprend plein de mots nouveaux avec Florence, c’est chouette) et on fait des mouvements ridicules en essayant de ne pas se péter la gueule, c’est trop bien.

 

          Au bout de quarante-cinq minutes de gesticulation douloureuse, Florence nous sourit d’un air complice : voilà, c’est la fin, on a bien travaillé et elle est très fière de nous. J’ai soudain une envie folle de la prendre dans mes bras et de lui dire que je l’aime, ça doit être ce qu’on appelle le syndrome de Stockholm. Maintenant on va faire un peu de streching, nous prévient Flo. La musique change brutalement : de mauvaise techno insupportable (un peu comme si un débile mental appuyait au hasard sur les touches d’un synthé), on passe à une musique douce légèrement crispante qui rappelle vaguement une séance de méditation contrôlée chez les scientologues. Je sens que ça va être bien cool le streching. Mais en fait non, pas du tout. Car le streching, comme son nom ne l’indique pas, consiste à martyriser chaque muscle déjà endolori. Et vas-y que je te tire sur la jambe, et vas-y que j’essaie de toucher mon gros orteil gauche avec mon sourcil droit. Le constat est terrible : je ne suis pas souple, c’est même à se demander comment j’arrive encore à avoir des rapports sexuels étant donné les positions acrobatiques que prennent les dames siliconées avec les messieurs moches dans les films de cul (en fait je dois sûrement faire comme tout le monde, c’est-à-dire baiser de manière non acrobatique (en même temps le cul c’est pas de la gym hein, enfin ça n’est que mon opinion personnelle à moi (mais je fais quand même des trucs complètement extraordinaires hein, je tenais à le souligner (des fois qu’il y ait des admirateurs secrets)))).

 

          Voilà, j’ai perdu environ trois kilos de transpiration, je suis bien contente. Florence me sourit et la vidéo se termine sur sa signature gravée sur l’écran, avec des gens derrière qui gesticulent avec extase : « Florence Compernolle, un corps musclé pour plus de vitalité ». Trop cool. La prochaine fois, j’espère que je verrai Igor et ses potes.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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Vendredi 9 juin 2006

Il aime le gratin d’andouillette

Et les films de zombies des années soixante-dix

Il aime le soleil en hiver

Et faire des sauces bizarres avec du wasabi

 

Et c’est moi qu’il aime

 

Il aime l’escrime médiévale

Et s’endormir devant Histoires Naturelles à 4h du matin

Il aime jouer de la guimbarde

Et parler des films d’Alex de la Iglesia

 

Et c’est moi qu’il aime

 

Il aime le picon-bière

Et fabriquer des chapeaux en feutre

Il aime les gens

Et les images de pin-up en corset

 

Et c’est moi qu’il aime

 

J’ai beau chercher partout

Pour moi c’est un mystère

Je ne me sens pas andouillette

Ni zombie ni pin-up

 

Absolument jamais picon-bière

Ni épée ni guimbarde

Encore moins wasabi

Ni soleil ni philanthropie

 

Je sais que c’est dingue

Pour moi aussi c’est une énigme

Mais on dirait bien

Que c’est moi qu’il aime.

 


[edit]: ce texte dégoulinant est inspiré par la chanson "Elle aime" d'Albin de la Simone, un artiste formidable et pauvre qui mériterait d'être riche et célèbre.

par Louise Lazzy publié dans : Mille morceaux
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